Le livre des illusions

Actes Sud, 2002, 379 pages (livre de poche)
Traduit de l'américain par Christine Le Boeuf
The Book of illusions (2002 )
J'ai lu ce livre à deux reprises et je vous livre ici une synthèse de mes impressions puisque j'avais rédigé une note de lecture à chaque fois.
David Zimmer a perdu le goût de vivre depuis que sa famille a péri dans un accident d’avion. Une nuit d’insomnie, il découvre un acteur du cinéma muet, Hector Mann, dans un documentaire à la télévision. Il rit, chose qu'il n'a pas faite depuis des mois. Zimmer se lance alors dans l’écriture d’un livre dédié à cet acteur tombé dans l’oubli après avoir disparu mystérieusement. Un jour, il reçoit une lettre lui annonçant qu’Hector et toujours vivant.
C'est un roman vraiment accessible qui n'en est pas moins vraiment typique de l'auteur. A mon sens, il est donc une bonne introduction à son univers.
Il faut néanmoins s'habituer aux longs chapitres denses. Soit on se laisse prendre par l'histoire, soit on finit par y trouver des longueurs vers le milieu et il faut s'accrocher pour aller au bout. Cela dit, Auster est très fort pour donner envie au lecteur de connaître le fin mot de l'histoire !
Le début et la fin sont passionnants, forts, voire violents. Auster mène l'intrigue d'une main de maître, alterne différents niveaux de narration (comme à son habitude) pour donner une profondeur et une résonance à cette histoire vraiment prenante. Les descriptions de films muets sont fascinantes. Non seulement, l'écrivain a complètement imaginé ces films mais en plus il les décrit de façon vivante. On lit un livre et on est au cinéma en même temps.
C'est un roman dans lequel l'auteur montre la palette de ses ressources en nous proposant une histoire peu banale, à cheval entre la réalité et le rêve et dont on ressort étourdi tant la fin est bien menée. Elle s’abat sans pitié sur le lecteur qui retente, avec le narrateur, de remonter l’enchaînement des faits pour essayer de comprendre comment on a pu en arriver là.
On retrouve l'univers propre à cet auteur dans des petits détails qui enchanteront les fans : des jeux de mots sur les noms propres (Blue Stone Ranch, par exemple, qui ne peut que faire penser à Lulu on the bridge mais aussi Tierra del Sueño qui correspond si bien à l'ambiguïté qu'entretient Auster dans ses romans). Les thèmes favoris d'Auster sont également présent : la quête et l'errance, la solitude, les hasards, etc.
Un extrait révélateur : " Je comprenais à présent pourquoi ils avaient donné à leur domaine le nom de Blue Stone Ranch. Hector avait vu cette pierre et il savait qu’elle n’existait pas, que l’existence qu’ils allaient se créer là était fondée sur une illusion. "
« Le livre des illusions est un roman très complexe qu’il est difficile de résumer » et ce n’est pas moi qui le dit mais Paul Auster lui-même, lors de son interview dans l’Express du 02 mai 2002 et il poursuit en ajoutant :
« Tout commence par une tragédie. Le narrateur, David Zimmer, professeur de littérature comparée dans le Vermont, perd sa femme et ses deux enfants dans un accident d'avion. Il sombre alors dans le désespoir et la mélancolie. Et puis un soir, alors qu'il regarde distraitement la télévision, il tombe sur un court film muet d'un type dont il n'a jamais entendu parler, un certain Hector Mann, présumé mort depuis... 1929. Tout à coup, pour la première fois depuis six mois, David Zimmer rit. Il décide alors de voir tous les films de ce Hector Mann et finit même par écrire un livre sur ce comédien mystérieusement disparu. Quelque temps après la sortie du livre, il reçoit une lettre d'une femme qui dit être Mme Hector Mann: « Hector a lu votre livre et voudrait vous rencontrer. Pouvez-vous venir ? » On ne peut en dire davantage sur l'intrigue. »
Dans ce roman Paul Auster regroupe plusieurs histoires, celle de David, Alma, Hector Mann, Frieda Spelling ainsi que Martin Frost et Claire les personnages de film muet. C’est une perpétuelle interrogation sur l’illusion et le réel, la vie et la mort.
Extrait :
« La vie était un de ces rêves nés de la fièvre, il s’en apercevait, et la réalité un univers sans fondement, un monde de chimères et d’hallucinations, où tout ce que l’on imaginait se réalisait. »
Paul Auster invite le lecteur dans des réflexions philosophiques sans jamais délaisser l’intrigue qui tient en haleine du début à la fin. C’est pour ma part une œuvre majeure qui permet à toute personne désirant découvrir l’univers de cet écrivain d’y entrer sans problème afin de mieux l’apprécier et le comprendre.